IMAGE DE LA SEMAINE

12_04b2

A blog apart , VIVE LE CINEMA

05 janvier 2006

LA RAGE DU TIGRE - 1971

De : Chang Cheh

Avec : David Chiang, Ti Lung, Ku Feng, Li Ching et Chen Hsing

18398079

Synopsis
Dans une Chine ensanglantée par les guerres de clans, Lei Li se fait une réputation de justicier en prenant la défense des faibles. Voyant en lui un rival possible, Maître Long organise le vol du trésor du clan du Tigre et lance une rumeur accusant le chevalier.
Attaqué par le Tigre et ses hommes, qui le croient coupable, Lei Li les met en déroute. Mais Long, que tous prennent pour un homme sage, surgit et propose à Lei Li un combat loyal, dont l'issue décidera de l'innocence ou non du jeune homme. De plus, le perdant aura le bras droit tranché...

Mon avis
Le voici, le voilà... L'ultime opus de la trilogie ! LE film de la trilogie qui a influencé le cinéma occidental ! Donc avant de donner mon avis, je vais recopier ce qui est marqué dans le petit livret ce trouvant dans le coffret contenant les 3 épisodes de la trilogie et les bonus très intéressants ! A acheter d'urgence !

Les influences sur le cinéma occidental (au milieu du 2ème paragraphe, il y a une comparaison très intéressante avec la première trilogie de Star Wars...)

La puissance de La rage du tigre reste intacte de nos jours, même si son efficacité dramatique doit tout à la littérature et la tragédie classique. Le douloureux renoncement de Lei Li et sa rédemption par le sang rappellent en premier lieu le théâtre de Shakespeare, analogie encore appuyée par le personnage de Maître Long, proche cousin de Richard III. Ce n'est donc pas à travers son moteur psychologique que le film de Chang Cheh a fait école dans le 7ème art, mais bien par ses seules qualités de style. Et plus précisément dans les visions dantesques de la din, qui font culminer la violence "carthartique" à son maximum. La colère accumulée en silence, et qui se libère au fil des dizaines d'adversaires massacrés, ce n'est pas celle du personnage (pendant longtemps résigné), mais bien celle du spectateur, frustré par les humiliations infligées aux héros.

Chang Cheh propose alors des images qui dépassent en excès ce que le spectateur le plus revanchard aurait pu fantasmer. La rage du tigre a-t-il pour autant inventé quelque chose ? Aux yeux des cinéphiles occidentales, ce système avait déjà été éprouvé dans La horde sauvage de Sam Peckinpah. Mais il manquait à ce film une donnée essentielle qui fait de La rage du tigre un éxutoire absolu : la dimension héroïque des personnages. Suicidaires, ceux de La horde sauvage restaient humains, et finissaient par périr dans le maelström qu'ils avait engendré. L'impression finale était plus amère qu'autre chose. Alors que Lei Li, au contraire, est transcendé par le déchaînement de violence. D'un blanc immaculé, il ne craint rien et châtie les méchants sans entrave aucune. Il devient surhumain.
Ces visions du fin du monde sont associées au Bien, ce qui conduit à penser que
Chang Cheh justifie par la morale tous les débordements graphiques, à la différence de la vision pessimiste de Sam Peckinpah. Repris par John Woo, le triomphalisme de la violence, un temps remis en question avec Une balle dans la tête mais totalement assumé avec A toute épreuve, est désormais traduit dans le cinéma occidental avec la même absence de retenue que chez Chang Cheh
.
Il n'est, à notre connaissance, que deux films occidentaux qui aient subi de façon directe l'influence de La rage du tigre, au point de le citer ouvertement au fil de séquences confondantes de ressemblance : il s'agit de L'empire contre-attaque et du Retour du Jedi, respectivement épisodes V et VI de la série de George Lucas : La Guerre des étoiles. Le parcours de Luke Skywalker peut jusqu'à un certain point être superposé sur celui de Lei Li.
D'abord innocents et incapables de se remettre en question, les deux héros arborent la même couleur blanche, symbole de pureté provocante. Et dans les deux cas, leur aventure initiatique culmine dans le questionnement de cette pureté, par le biais d'une mutilation identique, celle de la main droite (tout le bras, pour Lei Li). La mutilation intervient toujours au moment d'une remise en question profonde. Lei Li vient de perdre pour la première fois en combat singulier, et de cette défaite découle l'aveu implicite d'un crime qu'il n'a pas commis. De son côté, Luke Skywalker reçoit la révélation qui l'informe de sa parenté avec le mal absolu. La pureté des deux hommes est contestée, et c'est le moment pour le mal de les contaminer par le biais d'un canal symbolique : celui de la plaie ouverte par la mutilation. Suite à ce double viol, physique et moral, nos deux héros se retirent du combat. Choqués, ils doutent désormais d'eux-mêmes et vivent dans la honte de cette mutilation "révélatrice du mal". Les deux films vont jusqu'à traduire ces angoisses par le même outil visuel : Luke et Lei Li abandonnent leurs anciens habits pour revêtir une tenue intégralement noire qui camoufle aussi bien leur âme que leur blessure (la manche de Lei Li, le gant de Luke).

Au 2ème acte de La rage du tigre, au cours duquel Lei Li refuse obstinément de se défendre, répond la 1ère partie du Retour du Jedi, avec un Luke étonnament en retrait, dissimulé sous une capuche. Il leur faut le stimulant du martyr d'un ami/alter-ego (Han Solo pour Luke, Feng pour Lei Li) pour que les héros se réconcilient avec eux-mêmes et triomphent du mal intérieur. La mutilation change dès lors de signification et devient purificateur de l'orgueil qui faillit les condamner (ce qui n'est pas sans rappeler l'Evangile selon Saint Matthieu : "Si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi").

Tout ça pour dire que "La rage du tigre" a eu une influence énorme sur le cinéma occidental et notament sur sa trilogie la plus célèbre (Star Wars) et sent donc plus le chef d'oeuvre que les deux premiers films de la trilogie de Chang Cheh !

Ici, tout les compteurs sont remis à zéro. Nouveaux acteurs, nouvel histoire mais toujours le même réalisateur de géni, le réalisateur le plus apprécié du studio de la Shaw brothers. Mais pourtant, rien n'est novateur. Par rapport aux autres films du genre, c'est le même procédé. Surtout sur le thème de la vengeance, thème qui a été maintes et maintes fois repris. Mais voilà, encore une fois on tombe sous le charme du film Wu Xia. Combats sanglants, la même envie de vengeance,... un film qui se regarde avec plaisir. C'est téléphoné d'avance mais on apprécie... voilà ce que c'est que la Shaw brothers ! Maintenant, je n'ai vu que trois films de cette production et du même metteur en scène donc je raconte peut-être quelque chose de faux mais au nombre de films de kung fu (qui sont tout de même un peu pareils que les films Wu Xia) que j'ai vu, je peux dire que ça se répète souvent sans pour autant nous déplaire. Exemple frappant, c'est que quand le héros du film se retrouve au milieu de 80 gardes prêts à lui découper la tronche à coups de hache ou d'épée... et bien on sait déjà que le héros va quand même réussir à tous les tués (et même si il a une hache plantée dans son ventre !). C'est ça les films Wu Xia ! D'ailleurs si vous ne voyez pas de quoi je parle, allez voir la scène finale de "Kill Bill" où la mariée se bat contre la bande des 88 fous...

Ce n'est pas un chef d'oeuvre de trilogie mais un culte de la Shaw brothers et une référence des films Wu Xia ! C'est à consommer avec modération... Inutile de rappeler l'influence du film sur le cinéma occidental hin !

Posté par ablogapart à 23:50 - Chang Cheh - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

    msn?

    je n'ai pas vu ce film mais j'aurai beaucoup aimé parler cinéma avec toi si ça t'interesse, je te laisse mon adresse msn!
    Entre moi, si tu veux, dans tes contacts @+
    Elise

    Posté par Elise, 07 janvier 2006 à 12:33
  • Trop petit

    Petite remarque : l'écriture en bleu est trop petite, Tim. C'est pour se tuer les yeux, ça... et ça donne pas du tout envie de lire.

    Sinon, celui-là, je l'ai vu et beaucoup aimé !!!

    Posté par Chris, 07 janvier 2006 à 15:47
  • Chris et Elise

    Ok Chris merci pour la remarque

    Elise, je veux bien, passe la moi donc )

    Posté par Tim, 07 janvier 2006 à 19:02
  • Plus grand

    Merci Tim, tu devrais tout mettre dans ce format, c'est beaucoup plus agréable à lire. ))

    Posté par Chris, 07 janvier 2006 à 20:08
  • Chris grandeur

    Ok je ferais comme ça désormais

    Posté par Tim, 07 janvier 2006 à 20:13
  • La petite flamme

    Je trouve, Tim, qu'il y a comme une petite flamme de plus dans cet article, un goût pour ce film qui dépasse de beaucoup les autres. A mon avis, il ne doit pas être très bas dans ton top 10 de tous les temps, non ?

    Posté par Elminster, 07 janvier 2006 à 21:01
  • Elminster

    Décidément, j'ai l'impression que mes articles évoluent vraiment !

    Pas du tout dans mon top 10...désolé !
    J'ai beaucoup aimé dans l'ensemble mais je n'ai pas adoré. Mais c'est vrai que ce genre de films me passionne, je tiends beaucoup à ces articles donc

    Posté par Tim, 07 janvier 2006 à 22:05
  • ça a vieilli mais ça reste un film matriciel pour la shaw brothers

    De tous les épisodes comptant les aventures du Sabreur Manchot, la Rage du Tigre est le plus réputé un peu partout. Ironie du sort : il s’agit du volet le plus marginal de tous. La raison principale étant que le départ de la star des deux premiers volets (Jimmy Wang Yu) a poussé les producteurs à tenter de court-circuiter le comédien parti sous d’autres Soleil en renouvelant la saga. D’autres suites renoueront avec l’esprit des débuts et deux remakes seront même mis en boîte. Il n’empêche, c’est toujours cette Rage du Tigre qui demeure la plus populaire.


    Apparus dans un romans à épisode du chinois Jing Yong en tant que second rôle puis mis devenu vedette en 1967 dans Un Seul Bras les Tua Tous (wouhou !!!! il claque ce titre !!!!) puis dans Le Bras de la Vengeance (wouhou !! Il pète le feu ce titre !) en 1968, le Sabreur Manchot est un des héros les plus populaires du wu xia pian, au même titre que le Masseur Aveugle de la série des Zatoïchi (ils se sont d’ailleurs croisés en dans 1971 dans Zatoïchi meet the One Armed Swordsman). Même valeur symbolique du héros qui est d’abord mis à mal et considérablement affaiblit mais qui finit malgré tout par triompher de l’ennemi. Cette représentation héroïque et médiévale renvoie bien entendu à l’image d’une Asie défigurée par la Seconde Guerre Mondiale et qui tire partie de son échec et de ses erreurs pour se réadapter.
    Pour ce 3em opus, il est néanmoins fait table rase de certains éléments clefs des films précédents. En particulier le livre enseignant les diverses techniques de combat. Ici, le délire prime. Bien entendu, il est toujours question de sabre, d’enchaînements de mouvement mais on part à de nombreuses occasions dans des délires assez incongrus et des excès complètement décomplexés. On ne cherchera pas à nous expliquer comment les héros parviennent à faire des bons de géant ou comment les cordes lancées pour piéger Feng Jun-Jie et Lei Li parviennent à s’enrouler autour des membres. Pas de vraie logique, juste un plaisir immense culminant dans un massacre final de 20 minutes non stop.


    Alors bien entendu, le film commençant à dater, l’ensemble est un peu cheap et les décors en studio sont assez voyants. En même temps, c’est ce qui fait son charme. Forcément, les récents Tigres et Dragons et Secrets des Poignards Volants enfoncent littéralement ces vieux combats grâce à leurs moyens économiques décuplés... D’un autre côté, c’est ce qui fait son charme à l’oeuvre. Le plaisir d’un spectacle à l’ancienne nostalgique qui remporte quand même souvent le morceau, en particulier dans l’affrontement final surprenant de sauvagerie. L’empreinte laissée par ce film dans le cinéma est indéniable. Après tout, Tarentino s’est largement inspiré de la mise en scène de Chang Cheh avec son film/hommage Kill Bill (les cadrages, la vengeance, le massacre d’une centaine d’attaquants, la musique).
    Revoir la Rage du Tigre, c’est mesurer à quel point la Shaw Brother à graver sa patte dans le monde du film de genre. Il suffit de voir le logo apparaître au début pour ressentir toute la passion d’une époque. Reposant sur le plaisir avant tout, la Rage du Tigre véhicule des valeurs simples comme l’honneur et montre du doigt un monde politique corrompu que les vrais héros doivent occire pour être reconnu. La vengeance, point de départ narratif classique, mène en vérité à une lutte du héros contre lui-même, ses propres faiblesses qui lui ont coûté un bras. Lei Li doute, ne reprend véritablement les armes qu’à la fin, qu’après que Lung ait étendu son pouvoir. Lei Li est un homme brisé, mort psychologiquement (le bras coupé qui finit par devenir un squelette insiste bien là-dessus).


    C’est là que le film brise un autre élément clef de la série du Sabreur Manchot, à savoir le rapport du héros avec les femmes. Car l’individu qui redonnera le goût de la vie à Lei Li n’est pas une femme mais bien un homme. La femme est bien présente, la romance esquissée mais rien ni fait, la Rage du Tigre est un film de gay refoulé (de nombreux bruits de couloirs annoncent que le réalisateur Chang Cheh serait gay, en dépit de ses propos rapportés furieusement homophobes). Le bras coupé de Lei Li n’est jamais qu’un emblème phallique qui prive le héros d’être vraiment un homme. Le fait d’avoir perdu au combat entraîne une sorte de castration chez Lei Li qui sera dès lors traité comme un moins que rien. Ses premiers agresseurs seront clairs : il n’est pas vraiment un homme. Il suffira pourtant de l’arrivée de Feng pour que notre manchot retrouve le sourire. Comme dans tout bon film romantique, le jeune héros sauveur arrive sur son cheval au ralenti sous la pluie, sous le regard tendre de l’amoureux éconduit. Lei Li a d’ailleurs vu ses traits considérablement adoucis, passant d’un homme à la barbe de plusieurs jours dans les 2 premiers films à celui de jeune éphèbe. Et quand la femme vient s’incruster entre les deux hommes, ceux-ci s’en vont bras dessus bras dessous et rêvent de partir à deux pour cultiver les champs de blé. Même à la fin du récit, l’homosexualité est clairement invoquée. Lei Li ne prend pas les armes pour venger son ami mais bien dans l’espoir de le rejoindre dans la mort. Qu’importe le discours sur l’amitié pure entre les deux hommes, personne n’est dupe.

    La Rage du Tigre est donc une histoire de facture classique mais au sous-texte intéressant. Une histoire d’amour inavoué sur fond de combat de sabres à l’esthétique marquée et une date incontournable pour tout fan du genre.


    NOTE : 5/6

    Posté par merovingien, 09 janvier 2006 à 11:35

Poster un commentaire